Depuis Antiquité jusqu’à Milton Erickson

L’hypnose est vieille comme le monde ! Les premières traces de son histoire remontent à l’une des plus anciennes civilisations (époque sumérienne, 3500 avant J-C) avec des traces écrites qui évoquent des suggestions hypnotiques proches de ce qu’on connait aujourd’hui.

L’hypnose fait partie de notre histoire, cela explique en grande partie pourquoi elle fascine et pourquoi on a toutes et tous un avis sur le sujet.

Voici donc une brève histoire de l’hypnose, pour vous raconter en quelques lignes comment cette pratique ancestrale a façonné la psychothérapie moderne et, comment un certain Milton H. Erickson a dans cette histoire, une place à part…

Depuis les temples grecs jusqu’à la culture chamanique

Bien avant que le mot « hypnose » n’existe, nos ancêtres pratiquaient déjà des formes de transe thérapeutique. Dans l’Égypte ancienne (entre 6000 et 30 av. J-C), les prêtres utilisaient des rituels et des suggestions pour soigner les malades. Dans la Grèce Antique, les temples accueillaient des personnes cherchant la guérison à travers le sommeil sacré et les rêves provoqués.

Par ailleurs, les chamanes de toutes les cultures dans le monde, depuis des millénaires, utilisent des états modifiés de conscience pour guérir. Tambours, chants répétitifs, fixation du regard… Toutes ces techniques créaient déjà ce qu’on pourrait nommer aujourd’hui un état hypnotique.

Cela rappelle que l’hypnose n’a rien de magique. C’est un phénomène naturel, profondément humain, que nous expérimentons tous les jours sans nous en rendre compte. (comme lorsque nous sommes absorbé·es dans un film ou dans nos pensées par exemple)

Le XVIIIe siècle : Mesmer et son magnétisme qui fait scandale

C’est Franz Anton Mesmer (1734-1815) qui met l’hypnose sous les projecteurs. Ce médecin allemand pense qu’un fluide magnétique universel, qu’il appelle le « magnétisme animal » parcoure le corps humain, et qu’il est possible de le manipuler pour guérir. Ses séances à Paris sont spectaculaires et ont énormément de succès… attirant même Marie-Antoinette!

Mais la communauté scientifique rejete ses théories et sa pratique. Une commission royale, incluant notamment Benjamin Franklin et le chimiste Lavoisier, conclue alors que ses résultats viennent de l’imagination des patient·es, et non pas du magnétisme.

Sans le savoir, ils mettent à jour la base de l’hypnose qui repose justement sur le pouvoir de l’esprit et de l’imagination ! Mais ils ont jeté « le bébé avec l’eau du bain » en dénigrant la pratique tout entière.

L’Abbé Faria : la suggestion au cœur du processus

Vient ensuite l’histoire de José Custódio de Faria (1756-1819), un prêtre indo-portugais plus connu sous le nom de l’Abbé Faria. Contrairement à Mesmer, il comprend que le « sommeil lucide » (comme il l’appelait) ne vient pas d’un fluide extérieur, mais de la capacité naturelle de la personne à se concentrer et à accepter des suggestions.

Faria a été l’un des premiers a théoriser le rôle de la suggestion et de l’attente du sujet. Malheureusement il est en avance sur son temps et ne reçoit pas la reconnaissance de son vivant. Notez que Alexandre Dumas lui donne une immortalité littéraire en le faisant apparaître dans Le Comte de Monte-Cristo.

James Braid inventeur du mot « hypnose »

En 1841, James Braid, chirurgien écossais, assiste à une démonstration de magnétisme. Intrigué, il commence ses propres recherches. C’est lui qui, en 1843, forge le terme « hypnose » à partir du mot grec hypnos (sommeil).

J. Braid contribue à dépouiller l’hypnose de son mysticisme pour en faire un objet d’étude scientifique. Il montre déjà qu’on peut induire l’hypnose simplement par la fixation visuelle et que cet état permet des interventions chirurgicales sans douleur (à une époque où l’anesthésie chimique n’existe pas encore).

La lutte entre Nancy contre Paris

À la fin du XIXe siècle, deux écoles françaises s’affrontent sur la nature de l’hypnose.

D’un côté, l’École de la Salpêtrière à Paris avec Jean-Martin Charcot (1825-1893). Pour lui, l’hypnose est proche d’un état pathologique, une manifestation de l’hystérie. Ses démonstrations publiques sont spectaculaires (elles deviennent des rendez-vous mondains) mais également problématiques car elles mettent en scène des femmes qu’il manipule mais ne soigne pas.

De l’autre côté, l’École de Nancy, avec Hippolyte Bernheim (1840-1919) et Ambroise-Auguste Liébeault (1823-1904). Pour eux, l’hypnose est un phénomène normal, accessible à toute personne en bonne santé, et repose entièrement sur la suggestion. Bernheim insistant sur le fait « qu’il n’y a pas d’hypnotisme, il n’y a que de la suggestion. »

C’est l’École de Nancy qui remporte la lutte, en donnant une vision de l’hypnose comme phénomène naturel basé sur la suggestion, et ouvre la voie à une utilisation thérapeutique moderne.

Sans oublier que Hippolyte Bernheim va avoir une influence considérable sur un jeune neurologue autrichien nommé Sigmund Freud…

Freud : l’hypnose comme mère de la psychothérapie

Sigmund Freud (1856-1939) s’est d’abord formé à l’hypnose auprès de Charcot à Paris, puis de Bernheim à Nancy. Dans les années 1880-1890, il utilisait l’hypnose pour aider ses patient·es à se remémorer des événements traumatiques refoulés.

Mais Freud a progressivement abandonné l’hypnose, frustré par ses résultats qu’il trouvait trop variables (peut-être aussi par sa propre difficulté à hypnotiser certain·es patient·es) et a inventé la psychanalyse.

Puis pendant des décennies, l’hypnose va tomber en disgrâce. Les milieux psychanalytiques dominent et l’hypnose est reléguée aux spectacles et à des pratiques marginales.

Milton Erickson, un parcours hors du commun

Avec Milton Hyland Erickson (1901-1980) l’hypnose va être réinventée.

Né dans une famille modeste du Nevada, il contracte la poliomyélite à 17 ans. Les médecins lui donnent quelques jours à vivre. Contrairement à leur pronostic, il survit, mais se retrouve paralysé.

Cloué au lit, il développe une très grande capacité d’observation : il passe des heures à observer sa famille, à noter les micro-expressions, les postures, les incohérences entre les mots et le langage corporel. Il apprend ainsi à décoder attitudes de son entourage.

Et c’est ainsi qu’il découvre l’autohypnose.

En se concentrant intensément sur ses souvenirs de mouvement, en visualisant chaque muscle, chaque sensation, il parvient progressivement à retrouver de la mobilité. Contre toute attente médicale, il réapprend à marcher. Cette expérience le convainc du pouvoir de l’esprit sur le corps et des ressources insoupçonnées de l’imagination.

M. Erickson va devenir psychiatre et développera ce qu’on appelle aujourd’hui l’hypnose ericksonienne.

En quoi est-elle différente ?

L’hypnose traditionnelle est directive et fonctionne par suggestions directes : « Votre bras devient lourd », « Vous allez dormir profondément ». Elle suppose une certaine passivité du sujet.

L’hypnose ericksonienne est plus subtile, indirecte, conversationnelle. Milton Erickson ne donnait pas d’ordres, il racontait des histoires, utilisait des métaphores, créait des contextes dans lesquels ses patient·es trouvaient leurs propres solutions. Il s’adaptait à chaque personne, utilisant leur langage, leurs croyances, même leurs résistances comme leviers thérapeutiques.

Pour Erickson, chaque personne possède en elle les ressources nécessaires pour résoudre ses problèmes. Le rôle du thérapeute n’est pas d’imposer une solution, mais de créer les conditions pour que ces ressources émergent naturellement.

Erickson a donc profondément influencé le développement de la thérapie brève. Certains de ses élèves ont inventé la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) et toute une génération d’approches thérapeutiques porte son empreinte (comme la sophrologie par exemple).

L’hypnose aujourd’hui

Nous sommes en 2026, et l’hypnose continue son chemin. Les neurosciences nous montrent ce qui se passe dans le cerveau quand nous sommes dans un état de transe, et l’imagerie cérébrale révèle des modifications de l’activité neuronale (notamment dans les régions impliquées dans l’attention, le contrôle de la douleur et la conscience de soi).

Pourtant, les fausses croyances persistent… venant souvent et malheureusement de représentations trompeuses au cinéma, dans les médias, et de l’hypnose de spectacle. Tout ça est bien loin de ce qu’il se passe dans un cabinet d’hypnothérapeute…

Rappel : l’hypnose est un état naturel que nous vivons tous au quotidien. Personne ne peut vous hypnotiser contre votre volonté, et personne ne peut vous faire agir contre vos valeurs profondes.

Pour aller plus loin

Si cette histoire vous a donné envie d’en savoir plus, voici quelques lectures passionnantes :

  • « La Guérison par l’esprit » de Stefan Zweig avec une biographie géniale de F.A Mesmer
  • « Ma voix t’accompagnera » de Milton H. Erickson et Sidney Rosen : un recueil d’histoires thérapeutiques d’Erickson.
  • « Un thérapeute hors du commun : Milton H. Erickson » de Jay Haley : une biographie qui permet de comprendre l’homme derrière la méthode.
  • « De l’hypnose à la suggestion psychologique » d’Hippolyte Bernheim : un classique pour aller à la source.

En résumé

L’hypnose n’est pas une invention récente ni une mode passagère. C’est une pratique ancestrale qui traverse toute l’histoire humaine, des temples antiques aux cabinets de thérapie modernes.

Elle a connu des hauts et des bas : glorifiée, puis rejetée, puis redécouverte. Elle a été le terreau sur lequel est née la psychothérapie, donnant à Freud et à d’autres l’idée qu’on pouvait soigner par la parole et par l’exploration de l’inconscient.

Milton Erickson a révolutionné cette pratique en la rendant respectueuse, individualisée et profondément humaine. L’hypnose ericksonienne représente aujourd’hui l’approche thérapeutique de référence, reconnue scientifiquement et enseignée dans le monde entier.

Si nous avons tous·tes des croyances sur l’hypnose, c’est peut-être justement parce qu’elle fait partie de notre patrimoine humain commun. Elle touche à quelque chose de profondément fascinant : notre capacité à influencer notre propre esprit, à mobiliser nos ressources intérieures et notre imagination.

Et vous, quelle image avez-vous de l’hypnose ? Est-ce que cette brève histoire a modifié votre regard ?



Par: Françoise Lefeuvre

Le: 1/29/2026