Séance avec une I.A ou pas ?
Hypnothérapeute à Paris, j’accompagne des femmes, des hommes et des adolescent.es depuis plusieurs années. Je rencontre de plus en plus de personnes qui ont déjà « testé » une I.A avant de pousser la porte de mon cabinet. Certain·es avec curiosité, d’autres par nécessité, beaucoup par commodité.
C’est également une question qui nous préoccupe et qu’on aborde entre confrères et consœurs…
Mon propos n’est pas ici de diaboliser la technologie, mais plutôt de poser des questions et de nommer ce que la technologie ne pourra pas remplacer…
Ce que l’I.A peut faire…
Difficile de nier les avantages qu’offrent l’I.A ! C’est une technologie disponible à toute heure, accessible depuis un téléphone, sans rendez-vous ni liste d’attente, sans compter qu’elle n’est jamais fatiguée ou surmenée ! Pour une personne en crise à 3h du matin, incapable de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, une IA peut constituer un premier espace d’expression et de sécurité.
L’I.A peut aussi jouer un rôle d’introduction pour permettre d’accéder à de la psychoéducation (comme comprendre comment fonctionne l’anxiété, découvrir des techniques de respiration, s’informer sur l’hypnose ericksonienne) et peut contribuer à démocratiser l’accès à des informations sur la santé mentale.
« La rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques : s’il se produit une réaction, toutes deux s’en trouvent transformées. » — Carl Gustav Jung
Ce que l’I.A ne peut pas faire.
John C. Norcross et Michael J. Lambert (2018-2019) ont publié dans « Psychotherapy Relationships That Work » (3e édition, 2019), les résultats de plusieurs études qui confirment que l’alliance thérapeutique est l’un des facteurs les plus déterminants dans l’efficacité des psychothérapies (hypnothérapie compris).
Selon leurs analyses, la qualité du lien thérapeutique explique environ 30 % de la variance des résultats, ce qui en fait un élément aussi important, voire plus, que les techniques spécifiques utilisées. Cette méta-analyse est considérée comme une référence majeure dans le domaine, car elle s’appuie sur des décennies de recherche et est validée par l’American Psychological Association (APA)
Et ceci n’est pas un détail, c’est le cœur de ce qui soigne.
En hypnose ericksonienne, cette dimension est centrale car les séances sont des co-créations. Que ce soit en présentiel (au cabinet – Paris 20e) ou en visio à distance, le travail thérapeutique repose sur un lien de confiance et une qualité de présence. Nous sommes assis côte à côte et suis à votre écoute. Je peux percevoir votre respiration si elle varie, la vibration d’une émotion qui se manifeste, la façon dont vos épaules se relâchent, etc. À distance, c’est la même chose, même s’il y a une distance et un écran entre nous. Et cela, aucune Intelligence Artificielle ne peut le remplacer. Parce qu’une I.A n’a pas de corps, pas de système nerveux, il n’y a pas d’humanité partagée.
Neurosciences et lien thérapeutique
Les études scientifiques, y compris les méta-analyses et les essais cliniques récents, montrent combien le lien thérapeutique est un facteur clé de la guérison en psychothérapie et en hypnothérapie. Ce lien agit comme un amplificateur des effets thérapeutiques, indépendamment de la technique utilisée, et son impact est mesurable tant sur le plan clinique que neurobiologique.
L’inhumaine bienveillance de l’I.A
Il y a un risque que l’on sous-estime : l’IA va dans notre sens. Par construction, elle cherche à nous satisfaire, à valider, à apaiser. Elle est entraînée pour être agréable.
Or, un suivi thérapeutique (et l’hypnothérapie ne fait pas exception) n’est pas toujours un long fleuve tranquille. L’hypnose ericksonienne est souvent présentée comme une thérapie brève, cela ne veut pas dire thérapie immédiate ! Un accompagnement peut s’étaler sur une dizaine de séances, parfois davantage, selon les personnes et les problématiques. Et dans ce processus, il y a des moments inconfortables, des confrontations, des instants où le·la thérapeute vous renvoie à ce que vous ne voulez pas voir, avec bienveillance mais sans complaisance… étape nécessaire pour pouvoir évoluer et aller vers le changement désiré.
Ces moments-là sont souvent des moments importants. C’est là que quelque chose se déplace vraiment. Une IA, programmée pour ne pas froisser et maintenir l’engagement, ne peut pas offrir cette friction salutaire. Elle vous dira ce que vous avez envie d’entendre…
Assumer sa vulnérabilité : le propre de l’être humain
Il y a quelque chose de courageux dans le fait de pousser la porte d’un cabinet et de dire : j’ai besoin d’aide. D’aller s’asseoir en face de quelqu’un qu’on ne connaît pas, un autre être humain, avec un désir de compréhension, d’acceptation, et souvent de transformation.
En demandant de l’aide à un.e thérapeute, on s’apprête à aller rencontrer sa propre vulnérabilité, on se met en quête de soi et c’est peut-être l’un des actes les plus humains qui soit. C’est bien ce que l’accompagnement thérapeutique met en lumière : non pas nos forces telles qu’on voudrait les montrer, mais notre matière vivante, complexe, contradictoire. Cette humanité-là ne peut être accueillie que par une autre humanité.
Une I.A, aussi sophistiquée soit-elle, est in-humaine par essence. Elle simule l’écoute, elle traite du langage. Mais elle ne ressent pas. Elle ne peut pas être touchée par votre histoire, puisqu’elle-même n’en a pas. Et c’est précisément parce qu’un·e thérapeute a traversé ses propres épreuves, suivi une formation, effectué son propre travail intérieur, qu’iel peut vous accompagner dans le vôtre !
La question du prix : ce qui a de la valeur coûte quelque chose
L’un des arguments souvent avancés en faveur des outils IA est le coût. Une consultation chez un·e thérapeute, en hypnothérapie à Paris 20e comme ailleurs, représente un investissement réel. Et c’est vrai.
Mais ce coût n’est pas arbitraire. Il témoigne de sa valeur : des années de formation, une présence entière, un espace confidentiel et sécurisé, une relation construite dans le temps. Ce que vous payez, c’est aussi ce qui ancre votre engagement dans quelque chose de concret.
Cela dit, l’accessibilité financière est une réalité que nous prenons au sérieux. Comme de nombreux·ses thérapeutes, je propose des facilités de paiement à celles et ceux qui veulent m’en parler.
En conclusion : pas l’un ou l’autre, cela dépend de ce que nous cherchons
L’I.A ne remplacera pas les thérapeutes. Non pas parce que la technologie est mauvaise, mais parce qu’elle répond à une autre question. Elle peut informer, accompagner ponctuellement, briser l’isolement dans un moment de détresse nocturne. Mais elle ne peut pas soigner — au sens profond, relationnel, incarné du terme. (Soigner vient du latin « soniare », emprunté au francique « sunnjôn », signifiant « s’occuper de« , et est lié au mot « soin ».)
Si vous ressentez le besoin d’un accompagnement en hypnose ericksonienne, ce que vous cherchez n’est pas une interface. C’est une rencontre. Et les rencontres, par définition, nécessitent deux présences humaines.
Par: Françoise Lefeuvre
Le: 3/24/2026