L’I.A. peut-elle remplacer les thérapeutes ?
I.A ou cabinet ?
En tant que maître praticienne en hypnose ericksonienne (Paris 20e), je rencontre parfois des personnes qui ont déjà « testé » une I.A avant de pousser la porte de mon cabinet. Certain·es avec curiosité, d’autres par nécessité, beaucoup par commodité. C’est aussi une question qu’on aborde entre confrères et consœurs… Mon propos n’est pas ici de diaboliser la technologie, mais plutôt de poser des questions et de nommer ce que la technologie ne peut pas remplacer. Et ça change tout !
Ce que l’I.A. peut faire…
Soyons honnêtes : les outils d’IA présentent des avantages qu’il serait malhonnête de nier.
C’est une technologie disponible à toute heure, accessible depuis un téléphone, sans rendez-vous ni liste d’attente et qui répond immédiatement. Pour une personne en crise à 3h du matin, incapable de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, une IA peut constituer un premier espace d’expression voire de sécurité. Elle n’est ni fatiguée, ni susceptible d’être influencée par ses propres blessures non résolues.
Pour certaines formes de psychoéducation (comprendre ce qu’est l’anxiété, découvrir des techniques de respiration, s’informer sur l’hypnose ericksonienne), l’IA peut jouer un rôle d’introduction utile. Elle peut contribuer à démocratiser l’accès à des informations sur la santé mentale par exemple.
« La rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques : s’il se produit une réaction, toutes deux s’en trouvent transformées. » — Carl Gustav Jung
Ce que l’I.A ne peut pas faire.
Oui mais voilà. En 2015, une méta-analyse publiée dans le Journal of Counseling Psychology par Norcross & Lambert, portant sur plus de 1 000 études, a confirmé ce que les clinicien·nes observent depuis des décennies : la qualité de l’alliance thérapeutique (le lien entre le·la thérapeute et son patient·e) est responsable d’environ 30% des résultats thérapeutiques positifs, indépendamment de la méthode utilisée.
Et ceci n’est pas un détail, c’est le cœur de ce qui soigne.
En hypnose ericksonienne, cette dimension est également centrale car c’est les séances sont des cocréations. Que ce soit en présentiel au cabinet (Paris 20e) ou à distance, le travail thérapeutique est mené ensemble. Il repose sur un lien de confiance et une qualité de présence et d’écoute. Nous sommes assis côte à côte (en visio c’est la même chose). Je peux percevoir votre respiration si elle varie, la vibration d’une émotion qui se manifeste, la façon dont vos épaules se relâchent, etc. Aucune I.A ne peut percevoir cela. Parce qu’elle n’a pas de corps, pas de système nerveux, pas d’humanité partagée.
Neurosciences et lien thérapeutique
Les études scientifiques, y compris les méta-analyses et les essais cliniques récents, prouvent que le lien thérapeutique est un facteur clé de la guérison en psychothérapie et en hypnothérapie. Ce lien agit comme un amplificateur des effets thérapeutiques, indépendamment de la technique utilisée, et son impact est mesurable tant sur le plan clinique que neurobiologique.
L’inhumaine bienveillance de l’I.A
Il y a un risque que l’on sous-estime : l’IA va dans notre sens. Par construction, elle cherche à nous satisfaire, à valider, à apaiser. Elle est entraînée pour être agréable.
Or, un suivi thérapeutique (et l’hypnothérapie ne fait pas exception) n’est pas toujours un long fleuve tranquille. L’hypnose ericksonienne est souvent présentée comme une thérapie brève, ce qu’elle peut être, mais ce n’est pas une thérapie immédiate ! Un accompagnement peut s’étaler sur une dizaine de séances, parfois davantage, selon les problématiques. Et dans ce processus, il y a des moments inconfortables, des confrontations, des instants où le·la thérapeute vous renvoie à ce que vous ne voulez pas voir, avec bienveillance mais sans complaisance…
Ces moments-là sont souvent des moments importants. C’est là que quelque chose se déplace vraiment. Une IA, programmée pour ne pas froisser, pour maintenir l’engagement, ne peut pas offrir cette friction salutaire. Elle vous dira ce que vous avez envie d’entendre…
Assumer sa vulnérabilité : le propre de l’être humain
Il y a quelque chose de courageux dans le fait de pousser la porte d’un cabinet. De dire : j’ai besoin d’aide. De s’asseoir en face d’un·e autre être humain·e et de se montrer, imparfait·e, blessé·e, cherchant·e.
Ce geste-là, assumer sa vulnérabilité, est peut-être l’un des actes les plus humains qui soit. Et c’est justement ce que l’accompagnement thérapeutique met en lumière : non pas nos forces telles qu’on voudrait les montrer, mais notre matière vivante, complexe, contradictoire. Cette humanité-là ne peut être accueillie que par une autre humanité.
Une IA, aussi sophistiquée soit-elle, est in-humaine par essence. Elle simule l’écoute, elle traite du langage. Mais elle ne ressent pas. Elle ne peut pas être touchée par votre histoire, puisqu’elle-même n’en a pas. Et c’est précisément parce qu’un·e thérapeute a traversé ses propres épreuves, suivi une formation, effectué son propre travail intérieur, qu’iel peut vous accompagner dans le vôtre !
La question du prix : ce qui a de la valeur coûte quelque chose
L’un des arguments souvent avancés en faveur des outils IA est le coût. Une consultation chez un·e thérapeute, en hypnothérapie à Paris 20e comme ailleurs, représente un investissement réel. Et c’est vrai.
Mais ce coût n’est pas arbitraire. Il témoigne de la valeur de ce qui est offert : des années de formation, une présence entière, un espace confidentiel et sécurisé, une relation construite dans le temps. Ce que vous payez, c’est aussi ce qui ancre votre engagement dans quelque chose de concret.
Cela dit, l’accessibilité financière est une réalité que nous prenons au sérieux. Comme de nombreux·ses thérapeutes, je propose des facilités de paiement à celles et ceux qui en ont besoin.
En conclusion : pas l’un ou l’autre, cela dépend de ce que nous cherchons
L’I.A ne remplacera pas les thérapeutes. (Enfin j’espère !) Non pas parce que la technologie est mauvaise, mais parce qu’elle répond à une autre question. Elle peut informer, accompagner ponctuellement, briser l’isolement dans un moment de détresse nocturne. Mais elle ne peut pas soigner — au sens profond, relationnel, incarné du terme.
**Soigner vient du bas latin « soniare », emprunté au francique « sunnjôn », signifiant « s’occuper de« , et est lié au mot « soin ».
Si vous ressentez le besoin d’un accompagnement en hypnose ericksonienne, ce que vous cherchez n’est pas une interface. C’est une rencontre. Et les rencontres, par définition, nécessitent deux présences humaines.
Par: Françoise Lefeuvre
Le: 3/24/2026