La culpabilité, cette invitée pas toujours bienvenue en thérapie…

Certaines personnes qui franchissent la porte de mon cabinet (Paris 20), découvrent souvent qu’elles portent en elles une forme de culpabilité. Ainsi tout en venant chercher de l’aide, elles se sentent coupables de le faire, ou se sentent coupables vis-à-vis d’un proche. C’est humain ! La culpabilité pointe souvent son nez à un moment ou à un autre du travail thérapeutique et peut nous bloquer pour évoluer. Qu’est-ce qui fait qu’elle soit aussi présente ?

LES RACINES D’UN SENTIMENT ENVAHISSANT

Lorsqu’on entame un accompagnement avec l’aide de l’hypnose (ou autre psychothérapie) on s’apprête à explorer ses fonctionnements internes, on se consacre de l’attention, du temps, de l’argent. On cherche de l’aide tout en se sentant coupable de le faire. C’est un paradoxe très fréquent lorsqu’on travaille sur soi…

Depuis Freud, on associe la culpabilité au surmoi, cette instance psychique qui intériorise les normes, les attentes et les interdits. La culpabilité naît du conflit entre nos désirs propres et ce que nous pensons devoir être ou devoir faire pour les autres.

En psychologie, on dit que la culpabilité remplit une fonction relationnelle. Elle maintient le lien social en nous rappelant nos obligations envers autrui. Le problème survient quand cette vigilance relationnelle devient trop envahissante et nous empêche de nous occuper de nos propres besoins.

UNE ÉMOTION QUI CACHE D’AUTRES ÉMOTIONS

Derrière cette culpabilité (émotion complexe qui nait en partie de la sensation de désobéissance à nos propres normes ou celles de la société) se cache souvent d’autres émotions, comme la peur, la colère, la tristesse ou la sensation d’impuissance. On pourrait alors parler de culpabilité-écran qui vient masquer une émotion qui prend trop de place dans le travail thérapeutique.

En suivi avec l’hypnose Ericksonienne (comme dans d’autres approches thérapeutiques), une partie de l’exploration de soi consiste souvent à identifier les émotions enfouies sous le voile de la culpabilité. Qu’est-ce qui se joue si je me choisis ? Si je décide de prendre soin de moi ? Si je me décide d’être ma priorité ? Si je m’autorise à poser des limites, à dire non, à ne pas faire ce qu’on attend de moi… Etc !

Nous apprenons à vivre sous un grand nombre d’injonctions contradictoires et les schémas imposés par la société ajoutent encore des couches de culpabilité supplémentaires, comme :

Réussir professionnellement tout en restant disponible pour les autres.

Prendre soin de soi n’est-ce pas de l’égoïsme ?

Affirme-toi oui, mais pas trop quand même ! 

Certaines de nos décisions peut nous donner l’impression de trahir quelque chose ou quelqu’un.

LA CULPABILITÉ ET « LE TRAVAIL SUR SOI« 

La culpabilité peut donc être un obstacle à surmonter avant d’aller vers le changement désiré, mais c’est également en allant à la rencontre de cet obstacle que nous pouvons mieux faire évoluer certains de nos fonctionnements. Les obstacles ne sont pas toujours un problème. Ils peuvent venir nous aider à faire autrement, à consolider des ressources, à ruser, déjouer…

Le travail thérapeutique (dit comme ça, ça ne fait pas rêver, c’est plutôt une aventure !) implique souvent qu’on se donne une autorisation, celle de s’explorer, de questionner sans jugement, et parfois de bousculer l’ordre établi. C’est plus compliqué pour ceux et celles que la culpabilité maintient dans des rôles étouffant, les empêchant de prendre soin d’eux. Mais c’est aussi très humain !

Et combien d’entre nous se sent coupables non pas de ce que nous faisons mais de ce que nous ressentons, pensons, désirons ? Ou encore, coupables d’éprouver de la colère envers un proche, de ressentir de l’épuisement face à un parent, ou simplement d’avoir des besoins propres qui ne sont pas en accord avec notre entourage ! Cela aussi c’est humain, et à mon avis, c’est déjà énorme d’apprendre à repérer ces fonctionnements, sans se juger.

L’AIDE QUE PEUT APPORTER UN SUIVI PAR L’HYPNOSE

Le travail thérapeutique avec l’aide de l’état de conscience modifié (ou l’état d’hypnose) permet d’accéder à ces parts de nous-même, inconscientes, que notre part rationnelle et consciente garde souvent cachées. En régulant les émotions et en allant à la rencontre de nos fonctionnements inconscients, des faits qu’on imaginait être graves apparaissent sous un jour différent

Au fur et à mesure des séances, on parvient à découvrir que la culpabilité repose sur des fondations fragiles, et que parfois on se raconte des choses qui n’existent pas.

Peu à peu les origines de la culpabilité peuvent révéler des racines dans l’enfance mais pas seulement. Cela peut être des phrases entendus, un regard interprété, des messages imaginés, bref des histoires qu’on s’est raconté.

C’est là que l’hypnose est puissante pour réussi à modifier notre point de vue sur les histoires qu’on se raconte…

Par son approche respectueuse, L’hypnose Ericksonienne permet de démêler des fils pour prendre du recul. Qu’est-ce qui vient vraiment de moi ? Qu’est ce qui me correspond vraiment ? Parfois on découvre que beaucoup de nos culpabilités ne nous appartiennent pas ou ne sont pas si importantes que ça. Surtout, on se rend compte qu’en général, nous sommes doués pour porter les attentes déçues des autres, leurs projections, leurs propres peurs.

OK mais nous là-dedans ?

CULPABILITÉ OU CONFLIT DE LOYAUTÉ ?

La culpabilité accompagne-t-elle tout le temps un travail sur soi ? Pas forcément. Certaines personnes entament une démarche thérapeutique avec une forme de légèreté, sans ce « fardeau moral ». D’autres le découvrent en chemin, au moment où elles apprennent à poser des limites ou à faire des choix différents de ce qu’on attendait d’elles.

Ce qui est sûr, c’est que le travail sur soi questionne régulièrement des loyautés anciennes, familiales ou amicales. Modifier des schémas installés depuis longtemps peut donner l’impression de trahir quelque chose ou quelqu’un. Il est important d’y aller pas à pas… Un chemin d

La culpabilité surgit alors comme un signal d’alarme : « Attention, tu t’éloignes du territoire connu. » Et alors ?

Grâce au lien thérapeutique, séance après séance, à votre rythme, les défenses s’éloignent en douceur pour donner plus de disponibilité à l’exploration de soi, en toute sécurité. Ainsi :

« En fait, j’ai bien fait d’avoir quitté cette relation »

ou : « Au fond, je suis soulagée de ne plus voir ce membre de ma famille qui me faisait du mal »

ou encore : « J’aime mon travail même si mes parents auraient préféré que je fasse autre chose« .

Ces révélations, parfois douloureuses, ouvrent la voie vers une libération. À son rythme !

LA FORCE D’ALLER VERS SOI

Dépasser la culpabilité demande peut-être une forme de courage. Le courage de reconnaître que nous ne sommes pas responsables du bonheur des autres. Le courage d’accepter que nos besoins sont parfois distincts de nos proches, que nous avons des limites à poser, et des désirs qui ne correspondent pas toujours aux attentes extérieures. Le courage d’être imparfait, faillible, humain.

Dans mon cabinet, pas à pas, séance après séance, nous apprenons à distinguer la culpabilité saine de la culpabilité toxique. La première nous alerte quand nous transgressons nos propres valeurs. La seconde nous emprisonne dans les règles implicites qu’on nous a imposées.

Le courage d’être soi, c’est parfois accepter de décevoir. Cette réalisation peut faire l’effet d’une bombe lors des séances. Nous ne pouvons pas plaire à tout le monde. Certains nous jugeront, nous critiqueront, reprocheront nos choix. C’est comme ça.

COMMENT NE PAS SE LAISSER ENVAHIR ?

Oui, la culpabilité prend soin du lien. Elle nous rappelle que nous existons dans un réseau relationnel et que nos actions ont un impact sur les autres. C’est une boussole morale utile. Mais comme toute boussole, elle peut se dérégler.

L’enjeu n’est pas d’éliminer totalement la culpabilité, ce qui serait d’ailleurs impossible et peu souhaitable ! Il s’agit plutôt d’apprendre à la reconnaître, à l’interroger.

Plusieurs pistes permettent de travailler sur cette émotion. D’abord, identifier ce qu’elle recouvre, comme nous l’avons vu plus haut.

Ensuite, examiner les règles intériorisées qui la génèrent. Cette règle est-elle encore valable ? Correspond-elle à mes valeurs actuelles ou à celles qu’on m’a imposées ?

En hypnothérapie, le travail se fait au rythme de chacun.e. L’inconscient trouve ses propres solutions pour assouplir ces règles rigides et retrouver une « respiration psychique ». Il ne s’agit pas de convaincre intellectuellement, mais de permettre à la personne de ressentir profondément qu’elle va progressivement vers un rapport différent à elle-même.

SE DONNER LA PERMISSION

La culpabilité en suivi thérapeutique révèle souvent un conflit de permission : s’autoriser à aller bien, à prendre soin de soi, à exister pleinement, cela peut sembler un luxe coupable dans un monde où tant de personnes souffrent, où nos proches ont leurs propres difficultés, où nous n’avons « pas le droit » de nous plaindre.

Irvin Yalom (auteur et psychothérapeute américain) écrivait : « Quel est le sceau de la liberté acquise ? Ne plus avoir honte de soi-même.« 

Cette phrase s’applique tout autant à la culpabilité qu’à la honte. La liberté commence peut-être quand on cesse de se juger. 

S’autoriser à évoluer, c’est parfois se détacher de règles familiales implicites, de rôles assignés, de mandats transgénérationnels. Et cette rupture du « contrat » familial génère de la culpabilité, même quand le changement est bénéfique.

TRAVAILLER SUR SOI…

Cela n’est ni un acte d’égoïsme ni une trahison vis-à-vis des autres. C’est souvent l’acte le plus responsable qu’on puisse faire, notamment pour éviter que notre mal-être rejaillisse sur notre entourage.

Prendre soin de sa santé psychique, c’est aussi et surtout prendre soin de la qualité de sa présence aux autres. L’objectif du travail thérapeutique n’est donc pas l’éradication de la culpabilité, mais sa transformation. Passer d’une culpabilité paralysante à une culpabilité informative. Apprendre à l’écouter sans s’y noyer. Comprendre ses messages sans se laisser envahir par elle.

Au fur et mesure des séances en hypnose, certain.es rapportent une sensation de mieux respirer, comme un poids moins lourd. Ils/elles continuent de ressentir parfois de la culpabilité, mais elle ne les contrôle plus. Ils peuvent la reconnaître, l’examiner, décider si elle est légitime ou non, puis agir en conscience.

Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans ces mots, sachez que vous n’êtes pas seul.e.  

La culpabilité tourmente la plupart d’entre nous, quel que soit notre âge et notre histoire. Elle témoigne de notre humanité et de notre capacité à nous soucier des autres. En prendre conscience permet de ne plus se laisser gouverner par elle. Et si on s’autorisait à vivre avec plus de légèreté ?

La porte de mon cabinet est ouverte pour toutes celles et ceux qui souhaitent explorer leurs territoires intérieurs. L’hypnose Ericksonienne offre un espace sécurisant pour ce voyage. Un espace où vous ne serez pas jugé, où votre rythme sera respecté pour laisser émerger votre vérité.


Par: Françoise Lefeuvre

Le: 5/19/2026